Le milieu des années trente marque un tournant dans la conception des automobiles. Les carrosseries issues de la tradition des voitures hippomobiles s’effacent  sous l’effet du « streamlining »,  ce courant esthétique né  aux USA inspiré des principes aérodynamiques. Les formes s’arrondissent, l’arrière est tronqué, la voiture est plus basse, plus longue, plus effilée, plus homogène. La Chrysler Airflow de 1934 des ingénieurs Carl Breer, Fred M. Zeder, et Owen R. Skelton en est l’archétype.

L’automobile de luxe ne peut rester en retrait. Il lui faut trouver un équilibre subtil entre modernité et affirmation du statut social, à  l’aune des exigences d’une nouvelle clientèle, faite entre autres de capitaines d’industries et d’artistes célèbres.  

De fait, la ligne de la voiture de luxe se doit être sculpturale et aérodynamique, allier tradition et modernité  tout en conservant une dignité héritée du passé. Elle  se manifeste par des capot droits,  et des calandres et pare-brises inclinés.

Chez Mercedes, en cette fin d’année 1936, on est bien conscient de cette évolution. D’autant plus que dans les milieux industriels et gouvernementaux, la demande est forte pour une voiture de représentation, à la fois plus moderne tant dans son esthétique que dans son contenu technologique. En d’autres termes, la 770  w07 née en 1930 ne répond plus aux normes nouvelles de Daimler-Benz AG.

Le Conseil d’Administration de la firme décide alors de donner un successeur à son vaisseau amiral. Ce sera la W150.

L’on réunit alors une équipe d’ingénieurs de grand talent sous la  direction de Max Sailer, de Max Wagner et du Dr Hans Nibel tout deux issus de Benz et Cie et qui amènent avec eux l’expérience acquise lors de la conception des Flèches d’Argent W 125 et W 154.

Toutes le conditions semblent donc réunies pour accoucher d’un chef d’œuvre,  d’autant que chez Mercedes l’on dispose déjà d’avancées technologiques majeures comme la suspension à roues indépendantes. à bras trapézoïdaux et ressorts hélicoïdaux dont ne dispose même pas l’industrie automobile américaine.

Ce sera le défi de Max Wagner que d’appliquer la technique issue de la compétition à une grande routière.

A commencer par un châssis en tubes ovales minces dont la rigidité élevée combiné à un faible poids, une suspension à roues indépendantes à l’avant et à un essieu de Dion à l’arrière dotés de ressorts hélicoïdaux, donneront à la w150 une tenue de route hors de pair, si inhabituelle pour une telle voiture que dans son numéro du  23 mai 1939, la revue automobile britannique "The Motor" en soulignera les exceptionnelles qualité tant en terme de confort que de stabilité, même à grande vitesse ou sur des routes sinueuses

Si non seulement la conception du châssis et des trains roulants fait toute la différence avec la w07, c’est l’accroissement des dimensions qui caractérise également la w150. L'empattement augmente de 130 mm, les voies avant et arrière respectivement de 100 millimètres et 150 millimètres et la longueur hors tout de 400 millimètres. Sous la direction de  Hermann Ahrens, les ingénieurs conçoivent une carrosserie légère et spacieuse déclinée en plusieurs variantes. Avec six mètres de long, la nouvelle voiture offre une silhouette étirée, surbaissée et équilibrée, bien plus élégante que son prédécesseur.

Néanmoins, ce n’est pas sans incidence sur le poids du véhicule. Quand la w07 atteignait 2700 kg, la w150 le porte de 3400 kg à 3600 kg, et jusqu’à 4600 kg pour les versions blindées.

Naturellement  la puissance du moteur est augmentée. de 5 ch (3,7 kW) et même de 30 ch (22 kW) avec le compresseur Roots. La puissance totale atteint respectivement 155 ch (114 kW), et 230 ch (169 kW). Il est à noter que les axes des soupapes d'échappement sont traitée au sodium pour éviter la surchauffe et assurer un meilleur refroidissement. Ainsi motorisée la nouvelle voiture atteint une vitesse de pointe de 170km/h ce qui constitue un record pour cette catégorie de véhicule. Toutefois, les versions blindées sont limitées à 80km/h en raison des limites des  pneumatiques increvables à 20 chambres

La transmission à trois vitesses avec overdrive de la w07 est remplacée par une transmission à quatre vitesses avec un overdrive qui constitue en fait une cinquième vitesse.

Conséquence de l’augmentation du poids et de la puissance, la capacité du réservoir d’essence est portée à 195 litres contre 120.

Comme Indiqué précédemment, la nouvelle 770 a des performances exceptionnelles comme le souligne l’article de « The Motor » : le quart de mile (400m)  départ arrêté est abattu en 21 secondes,  le zéro à 50 mph (80 km/h)  est atteint en 12,2 secondes. .La mise en marche du compresseur sur 400m  a augmenté la vitesse de 75 mph (120 km/h) à 87 mph (139 km/h). Sur ce même quart de mile, le véhicule a atteint 100 mph [160 km / h] en accélérant sans effort et avec quatre personnes à bord, sur la ligne droite du circuit de Brooklands. La vitesse de pointe obtenue, 108 mph [173 km / h] est réellement étonnante pour une berline de huit places pesant près de trois tonnes…

Bien évidemment la nouvelle venue, comme son ainée,  se décline en multiples variantes de carrosserie : cabriolets B, D et F, Offener Tourenwagen, Pullman Limousine, et à partir de 1942 en version Innenelenker Limousine. Mais par rapport à la w07, la w150 sera livrée fréquemment en version découvrable, cette dernière ayant la préférence du Gouvernement.

Qui dit voiture d’exception, dit personnalisation aux goûts du client, ce qui nécessite une ligne de production dédiée, séparée de la construction en série, ainsi que des méthodes plus artisanales qu’industrielles. C’est donc à Sindelfingen, sous la direction de Hermann Ahrens,  que toutes les carrosseries w150 seront  fabriqués par le « Sonderwagenbau » (ligne de production de véhicules spéciaux. Le soin apporté à la conception et à la production était tel que même aujourd’hui encore, le terme «Carrosserie Sindelfingen» constitue un véritable label.

Nombre d’entre elles porteront la signature de Friedrich Geiger, qui, après la guerre, deviendra le premier patron du département du style Mercedes  nouvellement créé. L'exemple le plus connu est l’unique exemplaire produit de Cabriolet B, destiné à l’héritier du trône de Perse et pour lequel on peut employer le terme de « chef d’œuvre ».

La Sonderwagenbau produira également des versions blindées dénommées w150 II. Elles sont en particulier reconnaissable par les fentes externes supplémentaires reliées au dispositif de chauffage et situées à la base du pare-brise et dont la fonction était de participer au dégivrage et désembuage. En effet le dispositif classique n’était pas adapté à l’exceptionnel épaisseur du vitrage armé.

En 1942, après l’assassinat de Heydrich, le Gouvernement décida de doter ses plus hauts dignitaires de véhicules leur assurant la protection maximale en cas d’attentat : c’est le plan Aktion P sur lequel je reviendrai dans un post spécifique. L’on en notera néanmoins les caractéristiques : vitres en verre feuilleté de 40mm d’épaisseur,  plancher renforcé de plaque de blindage de 8,8 mm d'épaisseur, blindage périphérique,  toit renforcé par des plaques en acier spécial de 3,3 mm d'épaisseur.

Au cours de sa brêve carrière, la w150 ne connaîtra que peu d’évolutions esthétiques. Les tout premiers modèles se reconnaissent au double pare-chocs et à  l'absence d'un couvercle de coffre. Très vite on installe un nouveau pare-chocs chromé garni de caoutchouc  et tenu par des supports verticaux eux mêmes chromés, ainsi qu’une porte de malle. De même la transition entre l'aile avant les marchepieds diffère selon les versions.

Sur les versions blindées (W150 II) le marchepied disparaît pour d’évidentes raisons de sécurité (NDLA :le souvenir de l’attentat de Marseille). Un épais encadrement chromé ceint le vitrage, encadrement que l’on retrouvera près de trois décennies plus tard sur la 600 w100. Les portes disposent d’un verrouillage électromagnétique et les roues de secours servent elles-même de plaques de blindage. En revanche une compensation sur le poids résulte de l’emploi d’alliage léger pour la réalisation des ailes.

Lancée pour l’IAA 1939, la w150 s’annonce comme un succès commercial prometteur. Néanmoins, lorsque la guerre éclate au mois de septembre peu de voitures ont été livrées aux clients civils. De fait la w150 sera presque exclusivement produite pour le Gouvernement du Reich.

Au final 88 exemplaires seulement auront été livrés lorsque les hostilités prennent fin : le chassis nu de l’IAA 1938, un cabriolet B, cinq cabriolet D, sept cabriolet F, quarante-six Offener Tourenwagen dont certains blindés, dix Innenlenker Limousine toutes blindées, et dix huit Pullman Limousine dont quelques voitures blindées.

De toute cette production, il ne reste qu’une trentaine de survivantes.

L’excellence a un prix !  Il fallait compter 30 000 Reichsmark (214 500 euros) pour un chassis nu, 44 000 RM (314 600 euros) pour une Pullman Limousine, 46000 RM (328 900 euros) pour le cabriolet D, et 47500 RM (339 625 euros) pour le cabriolet F. Quant au cabriolet D et surtout les versions blindées le prix est demeuré inconnu à ce jour, mais on peut penser qu’il était astronomique… (1RM de 1938 vaut 7,15€ de 2016)

 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

The mid thirties mark a turning point in the design of automobiles. The bodies from the tradition of horse-drawn carriages disappear under the effect of "streamlining" the aesthetic movement born in the USA inspired aerodynamic principles. The shapes are rounded, the back is truncated, the car is lower, longer, more slender, more homogeneous. Chrysler Airflow 1934 engineers Carl Breer, Fred M. Zeder and Owen R. Skelton is the archetype.
The luxury automobile can not remain behind. It must find a delicate balance between modernity and affirmation of social status, in terms of the requirements of a new clientele, made between other captains of industries and famous artists.
In fact, the luxury car line will be sculptural and aerodynamic, combine tradition and modernity while maintaining dignity inherited from the past. It is manifested by rights hood, and grille and slanted windshields.
At Mercedes, by the end of year 1936, is well aware of this development. Especially as in industrial and governmental circles, the demand is high for a performance car, both more modern in both its aesthetic and in its technological content. In other words, the 770 w07 born in 1930 no longer meets the new standards of Daimler-Benz AG.
The Board of Directors of the company decided to give a successor to its flagship. This will be the W150.
One then has a team of talented engineers under the direction of Max Sailer, Max Wagner and Dr. Hans Nibel any two from Benz and Cie and bring with them the experience gained during design Arrows Silver W 125 and W 154.
All the conditions seem so together to deliver a masterpiece, especially since Mercedes is already available from major technological advances such as independent suspension. trapezoidal and helical springs which does not even have the American auto industry arm.
This will be the challenge of Max Wagner than applying the technical outcome of the competition for a grand tourer.
Starting with a thin frame oval tubes with high rigidity combined with low weight, independent wheel suspension at the front and a de Dion axle at the rear with coil springs, will give the W150 a holding road out of hand, so unusual for such a car in its issue of 23 May 1939, the British car magazine "the Motor" in honoring the outstanding quality in terms of both comfort stability even at high speeds or on roads sinuous
If not only the design of the chassis and running gear makes all the difference with the w07 is increased dimensions which also characterizes the W150. The wheelbase increases by 130 mm, the front channels and rear respectively 100 mm and 150 mm and overall length of 400 millimeters. Edited by Hermann Ahrens, engineers design a light and spacious body available in several variants. With six meters long, the new car offers a stretched silhouette, low loaders and balanced, much more elegant than its predecessor.


However, this is not without impact on vehicle weight. When w07 reached 2700 kg, the W150 door 3400 kg to 3600 kg, and up to 4600 kg for armored versions.

Naturally the engine power is increased. 5 hp (3.7 kW) and even 30 hp (22 kW) with the supercharger Roots. The total output respectively reached 155 hp (114 kW) and 230 hp (169 kW). It should be noted that the axes of the exhaust valves are treated with sodium to prevent overheating and ensure better cooling. Thus the new motor car reaches a speed of advanced 170km / h which is a record for this class of vehicle. However, shielded versions are limited to 80km / h due to limitations puncture-proof tires 20 rooms

The three-speed transmission with overdrive the w07 is replaced by a four-speed transmission with an overdrive which is actually a fifth speed.

Consequence of the increased weight and power, the capacity of the fuel tank is increased to 195 liters against 120.

As Indicated above, the new 770 has outstanding performance as pointed article "The Motor": the quarter mile (400m) from a standing start is shot in 21 seconds, zero to 50 mph (80 km / h) is reached in 12.2 seconds. .The Start of the 400m on compressor increased the speed of 75 mph (120 km / h) to 87 mph (139 km / h). On this same quarter-mile, the vehicle reached 100 mph [160 km / h] accelerating effortlessly and with four people on board, on the straight line of the Brooklands circuit. Top speed obtained 108 mph [173 km / h] is really amazing for a saloon of eight places weighing almost three tons ...

Obviously the newcomer, as the eldest, is available in multiple body variants: convertibles B, D and F, Offener Tourenwagen, Pullman limousine, and from 1942 version Innenelenker Limousine. But compared to the w07, the W150 is frequently delivered in convertible version, the latter being preferred by the Government.

Who says car emergency, said personalization to the tastes of the customer, which requires a dedicated production line, separated from the building in series, as well as more traditional and industrial methods. It is in Sindelfingen, led by Hermann Ahrens, all W150 bodies will be manufactured by "Sonderwagenbau" (production line of special vehicles. The care taken in the design and production was such that even today ' hui again, the term "body Sindelfingen" is a real label.

Many of them bear the signature of Friedrich Geiger, who after the war became the first head of department of the newly established Mercedes style. The best known example is the original single product Cabriolet B, for the heir to the throne of Persia and for which one can use the term "masterpiece".

The Sonderwagenbau also produce armored versions called W150 II. In particular they are recognizable by the further outer slits connected to the heater and at the base of the windscreen and whose function was to participate in the defrosting and defogging. In fact the conventional device was not suited to the exceptional thickness of reinforced glass.

In 1942, after the assassination of Heydrich, the Government decided to equip its highest dignitaries vehicles ensuring maximum protection in case of attack: the Aktion P plane on which I will return in a specific post. It is nevertheless noted in the characteristics: laminated glass 40mm thick, reinforced floor shielding plate of 8.8mm thickness, peripheral shielding, roof reinforced by plates of stainless steel of 3.3 mm thick.

During his brief career, the W150 will know that few aesthetic developments. The earliest models recognize the dual bumper and the absence of a trunk lid. Very soon we install a new chrome bumper rubber lined and held by vertical supports themselves chrome and a trunk door. Similarly, the transition between the front wing the steps differs depending on version.

On the armored versions (W150 II) the step disappears for obvious security reasons (Author's note: the memory of the attack in Marseille). A thick chrome surround surrounded the glazing, framing which is found almost three decades later on the 600 w100. The doors have an electromechanical locking and spare wheels they themselves serve as shield plates. However offset on the weight resulting from the use of light alloy for making wings.

Launched for the IAA 1939, the W150 looks like a promising commercial success. However, when war broke out in September, few cars were delivered to civilian customers. In fact the W150 is almost exclusively produced for the Reich Government.

In the end only 88 copies have been delivered when hostilities cease: the bare frame of the IAA 1938, a convertible B, D convertible five seven F convertible, forty-six Offener Tourenwagen some tanks, armored all ten Innenlenker Limousine, and eighteen Pullman Limousine including several armored cars.
Either this production, there is only thirty survivors.

Excellence has a price! It took 30,000 Reichsmark (214 500 euros) for a bare chassis 44000 RM (314 600 euros) for a Pullman limousine, 46000 RM (328,900 euros) for the Cabriolet D and 47500 RM (339,625 euros) As for the F convertible cabriolet D and above the armored versions prices remained unknown to date, but one would think that was astronomical ... (1RM 1938 is € 7.15 in 2016)