Mise à jour du 5 février 2017 : adjonction d'une photo

Remerciements à Clarisse DESPIERRES et Philippe VALTON pour les informations précieuses qu'ils ont bien voulu me communiquer

Je tiens également à honorer la mémoire de Monsieur Jacques Chambon, alors au service des matériels de la 97ème compagnie de Quartier Général de la 2ème DB et que tous les "Mercédésistes" de la région toulousaine ont bien connu quand il tenait le panonceau de la marque au 25 avenue de Lavaur à Castresdans le Tarn. L'auteur de ces lignes a eu le plaisir de le connaître.

Merci également à Guilhem Touratier, Assistant scientifique des collections au Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la Libération de Paris-Musée jean Moulin, pour son inépuisable gentillesse et son aide précieuse.

 

C'est par la France que commence ce tour du monde des 770 survivantes. Et plus précisément par le Musée Henri Malartre, à Rochetaillée sur Saône près de Lyon, où depuis 1969 est exposée un Offener Tourenwagen saisie par la division Leclerc à Berstechgaden en mai 1945.

C'est par la France que commence ce tour du monde des 770 survivantes. Et plus précisément par le Musée Henri Malartre, à Rochetaillée sur Saône près de Lyon, où depuis 1969 est exposée un Offener Tourenwagen saisie par la division Leclerc à Berstechgaden en mai 1945.

Cette voiture a une histoire...que nous ne connaissons que très partiellement et tenter d'en savoir plus relève d'une véritable chasse au trésor. Au fil de ces lignes vous comprendrez pourquoi sous ses apparences anodines (pour une 770!), quelques petits mystères restent à élucider.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous ne disposons que de maigres informations, de quelques anecdotes et d’une iconographie qui ne permet de resituer que très partiellement le contexte historique de cette splendide voiture. En effet, à l'inverse de nos amis américains et canadiens, qui pour leur part ont rigoureusement tracé l'itinéraire des 770 amenées Outre-Atlantique, personne, en France, ne semble avoir conservé le moindre souvenir de sa capture.

Il est incontestable que si l’ombre d’Hitler affecte la beauté majestueuse de cette Mercedes, elle ne peut toutefois pas faire oublier que la 770 est parvenue jusqu’à nous grâce à ceux qui au prix de leur courage, ont écrit l’une des plus belles pages de notre Histoire.

 

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1er mars 1941. En prenant Koufra, une oasis du désert Libyen, la 2ème Division Blindée de celui qui n'est encore que le Colonel LECLERC vient de remporter la première victoire française depuis le désastre de 1940. Avec ses hommes, qui ont rejoint comme lui le général de Gaulle après l'invasion de la France par l’armée allemande, il fait le serment de ne plus déposer les armes avant que le drapeau français ne flotte sur Strasbourg. Ce sera chose faite le 23 novembre 1944.

 

(Si vous souhaitez en savoir plus sur cette valeureuse et prestigieuse unité combattante, c'est ici.)

 

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Au début de mars 1945, épuisée par des mois de combat, la 2ème DB est envoyée au repos dans la région de Châteauroux. L'armée rouge a atteint l'Oder. Trois semaines auparavant, à Yalta, l'avenir politique de l'Europe s'est dessiné sans la France. Il devient clair que les Alliés doivent progresser rapidement à l'Est du Rhin s'ils veulent équilibrer les partages politiques qui se préparent. Le repos de la division est rapidement perçu comme une pénitence, et Leclerc intervient inlassablement à tous les échelons pour être envoyé en Allemagne.

L'ordre tant attendu arrive le 22 avril 1945. Si dès le 2 mai, les Russes sont devenus maîtres de ce lieu symbolique qu'est Berlin, Leclerc et ses hommes réussissent le tour de force d'entrer, quarante huit heures plus tard, dans cet autre lieu symbolique qu'est Berstechgaden. Et le 5 mai 1945, les couleurs françaises sont hissées tout en haut du mont Kehlstein.

Parallèllement, ils découvrent beaucoup de matériel roulant dont nombre de voitures et donc plusieurs 770...

 

***

 

 

Dans l'esprit d'un combattant, plus la prise de guerre est emblématique plus la fierté du soldat est grande. L'on imagine sans peine ce qu'on pu ressentir nos ainés d'avoir ramené la voiture d'Hitler...

Néanmoins, on en sait finalement peu sur les conditions de la saisie de cette 770. Si ce n'est ce court reportage de FR3 Lorraine, dans lequel, un ancien de la 2ème DB, René Grandjean, évoque l'arrivée de la voiture et les réparations qu'il dût entreprendre pour la remettre en route...

 

René Grandjean, mécanicien de la Mercedes d'Hitler France

NDLA : Regardez bien la vidéo et en particulier la voiture...le pare-chocs n'est pas anodin!

L'on sait également que Leclerc fit don de la voiture au général américain commandant le secteur voisin et que ce dernier l'abandonna à Paris dans un garage du Boulevard de Reims avant de regagner les Etats-Unis. Rachetée par un ancien de la 2ème DB, Monsieur DIOMGAR, la 770, qui reçut au passage une immatriculation civile en bonne et dûe forme (260 BE 75) continua sa carrière lors d'exhibitions au profit d'anciens combattants et victimes de guerre jusqu'en 1969 et son entrée au Musée de Rochetaillée. 

On la voit ici descendre les Champs Elysées en 1953 escortée par des anciens de la 2ème DB, à l'occasion de la Kermesse aux Etoiles organisée au profit des oeuvres sociales de la 2ème DB.

 

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La revue de la Fédération Nationale des anciens combattants prisonniers de guerre consacra un article à la voiture.

 

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L'intérieur quelque peu défraichi de la 770. On observe le siège passager surélevé et le piédestal. Contrairement à une idée reçue, cette surélévation n'était nullement destinée à compenser la prétendue petite taille d'Adolf Hitler. Bien au contraire, puisque ce dernier affichait un bon mètre soixante-quinze, ce qui était plutôt grand pour un homme de cette génération. Si quelqu'un avait bien à se plaindre, c'était plutôt son chauffeur, Erich Kempka, qui évoque lui-même dans ses mémoires, les adaptations qu'il dût demander à Daimler-Benz pour pouvoir conduire confortablement en dépit de sa petite taille.

 

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Sur la photographie ci-après, l'on peut observer que le matériel d'exposition suspendu est rédigé en néerlandais car la 770 fût montrée en Belgique et aux Pays-Bas.

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Des cartes postales étaient éditées " au profit d'oeuvres sociales et de bienfaisance" La photo semble retouchée car d'une part, exit les trois phares additionnels, d'autre part le numéro d'immatriculation semble avoir été dessiné, et enfin la présence de compas de capote apparents, indiquent  que l'on s'est servi de la photo d'un autre modèle du même type, mais en version coupé F.

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Je viens de retrouver sur un site marchand, une série de photos prises lors d'une des expositions de la voiture. Devant le prix demandé, 60 euros, qui plus est pour de mauvais clichés, je ne suis pas allé plus avant. Néanmoins, j'ai pu télécharger les photos de l'annonce...

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Ces expositions étaient organisées par la Fédération Nationale des  Combattants Prisonniers de guerre (ACPG).

 

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Quelques péripéties émaillèrent les présentations de la voiture. A Amsterdam, un visiteur s'empara d'un des fanions à croix gammée. Poursuivi, le voleur n'eut d'autres ressources que de plonger dans les eaux du port où le fanion disparût. Ailleurs, ce sont les valves de roues qui s'évaporaient, si bien qu'un stock de valve de secours suivait la voiture. Ceux qui ont pensé détenir un accessoire de la voiture d'Hitler en ont été pour leurs frais! Enfin, lorsque l'exhibition avait lieu non loin de la frontière allemande, ce sont des hordes de curieux qui débarquaient d'Outre-Rhin.

Anecdote encore que cet article paru dans un quotidien local en 1952 : "La voiture blindée d’Hitler exposée à la foire de Saint-Pol-sur-Ternoise" La magnifique voiture blindée d’Hitler qui, jadis, semait la terreur sur son passage,est devenue un objet de curiosité. Après avoir été utilisée par le Général Leclerc lors des campagnes d’Allemagne et d’Autriche, elle va maintenant de ville en ville…
Grâce aux A.C.P.G. et à leur président, M. Charles Rulence, la voiture blindée d’Hitler sera samedi (15 mars) à Saint-Pol où les visiteurs de la foire pourront l’admirer et la visiter tout en remplissant la caisse des oeuvres d’entraide des A.C.P.G. Cette voiture, longue de 6 m sur 2 m 14 de large, pèse 4 tonnes 700: elle est propulsée par un moteur 8 cylindres à turbo-compresseur qui peut développer jusqu’à 400 cv. Très luxueuse, elle est en outre blindée par des plaques de 18 mm. Ses glaces sont formées de 7 feuilles de verre de 47 mm, parfaitement à l’abri des balles. Les portières, pesant 500 kg chacune, sont commandées électriquement à l’aide d’un bouton placé sur le tableau de bord. Le siège d’Hitler est surélevé de 15 cm, car le dictateur était petit, mais ne voulait pas le laisser paraître.
Ajoutons que cette voiture sera présentée sur la place de l’ancien Palais de Justice (place Georges-Graux aujourd’hui), c’est-à-dire en face de la nouvelle poste, et rappelons-le, au bénéfice des A.C.P.G.

Henri Malartre avait aperçu la Mercedes pour la première fois à Lyon, dans les années 1950. Le véhicule était sur le plateau d’un camion, sur lequel les organisateurs tendaient une bâche pour abriter les admirateurs. Le fondateur du musée automobile a, dès ce moment-là, voulu que ce véhicule figure dans sa collection. Mais conscient de la difficulté pour l’obtenir, il n’a pu qu’admirer la carte postale qu’il avait achetée lors de l’exposition. Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard, qu’Henri Malartre apprendra que la voiture n’était plus « exhibée » et qu’elle était garée chez un ancien prisonnier de guerre, Monsieur DIOMGAR, à Goussainville en banlieue parisienne. L’homme faisait agrandir sa maison. Après d’âpres discussions et surtout une somme d’argent très coquette, le châtelain remporta le marché. C’est ainsi que la voiture de parade d’Hitler est entrée au musée de Rochetaillée, le 26 juin 1969 en même temps que le matériel d'exposition (dans sa version française).

Sans Henri Malartre, qui sait ce que serait devenue la Mercedes. Aurait elle, comme l'autre 770 ramenée en France, été cédée à vil prix à un collectionneur d'Outre atlantique? Aurait elle fait l'objet de sordides marchandages comme celui qui a conduit une autre voiture du Führer a être vendue pour plusieurs millions d'euros à un russe nostalgique? Aurait elle été détruite au nom de je ne sais quelle requête de ceux qui considérent qu'eux seuls ont souffert. La mémoire d'Henri Malartre doit être saluée. Car Les souvenirs ramenés par les combattants Français doit être sauvegardés en mémoire de leur sacrifice.

Le contexte historique ferait presque oublier de quelle merveilleuse voiture il s'agit.

Dans  le numéro N° 375 de l'Auto-Journal en date du 29 avril 1965 en page 26 et dans l'article intitulé " Un monstre tombé du nid - la grosse mercedes le journaliste Didier Charvet qui a eu ce privilège, livra ses impressions de conduite sur la 770 qu’il avait eu le bonheur d’essayer: "L’on est très bien au volant mais nous avouons que nous appréhendions les réactions de ce monstre de près de cinq tonnes . Au départ, nous sommes un peu déçu : la voiture semble manquer de puissance. Nous apprécions cependant la douceur de l’embrayage et la parfaite maniabilité de la boite de vitesses. Tous les rapports se passent du bout des doigts.

Après une dizaine de kilomètres, moteur chaud, appréhensions oubliées. Nous faisons vraiment connaissance de cette Mercédes.  Si l’on n’éprouve aucune impression particulière de puissance,  on s’aperçoit vite, par comparaison avec les autres voitures, que les accélérations sont  en réalité, brillantes.  On oublie que l'engin est blindé! Nous ne sommes pas montés à plus de 130  car l’âge des pneus d’origine nous l’interdisait et le compresseur ne fonctionnait pratiquement pas. Toutefois nos essais nous ont permis de nous faire une idée de l’effet que l’on devait ressentir  lorsque la voiture bondissait à plus de 200 à l’heure !

 Nous avons emprunté de petites routes sinueuses et c’est là  que notre surprise fût la plus grande. Le poids ne comptait pas et ce monstre de six mètres, se manie aussi aisément qu’une Renault Dauphine !

Le confort est exceptionnel. La caisse ne bouge absolument  pas, et il faut vraiment de très mauvais pavés pour ressentir les vibrations.  La consommation est également étonnante…plus de 50 litres aux 100… La température extérieure assez basse, nous a permis d’apprécier un chauffage d’une efficacité assez rare…"

Au final, Didier Charvet, près de vingt ans plus tard, livrait des conclusions exactement identiques à celles  de la revue britannique « The Motor » en mai 1939 ! De quoi faire rougir une Classe S de 2016 bardée d’électronique…

Quelques années plus tard, le même Auto-Journal publiera le compte-rendu  d'essai réalisé par Jean-Loup NORY agrémenté d'une superbe vue en éclaté.

Je noterai cependant la grande témérité des essayeurs, lesquels n'avaient sans doute pas été mis au courant qu'il ne fallait pas dépasser les 80 km/h, limite de résistance des pneumatiques pour cette version fortement blindée!

 

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Venons en aux petits mystères de la 770 de Rochetaillée...

A t'elle été utilisée par le Führer?

Très probablement même si l'on ne dispose que de bien peu d'éléments tangibles. La présence d'un siège avant rehaussé de 12 centimètres et rabattable, la poignée de maintien situé en haut du pare-brise, sont des éléments caractéristiques des voitures ayant été utilisée par le Führer (lequel était invariablement assis à l'avant droit). N'aimant pas faire de simples affirmations une vérité, je préfère dire "que l'on peut raisonnablement penser que cette 770 a fait partie des véhicules utilisés par Adolf Hitler"

L'autre élement qui m'intrigue, est qu'il n'existe à ma connaissance, aucune photographie de la voiture en situation (c'est à dire avec Hitler à bord). En effet, si de nombreuses photographies sont censées reproduire cette voiture lors de manifestations officielles, et quand bien même  le numéro d'immatriculation soit identique, la voiture est différente. En effet, le même numéro pouvait être réattribué à l'issue d'un changement de véhicule.

Voici d'aileurs la fausse-vraie IA-103708, une 540K type W24, photographiée à Breslau en 1936. Or la voiture de Rochetaillée est une  770k type W150 et donc postérieure à 1938.

http://p8.storage.canalblog.com/82/08/582499/110386837_o.jpg

 

Modèle 1938 ou modèle 1942?

La Directrice du musée a bien voulu me communiquer quelques informations

  • la voiture du musée porte le numéro de moteur 189 789 correspondant à la commande 297 465 du 22 juillet 1938; elle fût livrée à la Chancellerie du reich à l'été 1939 et portait le numéro de carrosserie 849 503 selon les registres de la marque
  • or, cette même voiture porte un numéro de carrosserie différent, le 863802 correspondant à la commande 399 777
  • le numéro de chassis aurait disparu ( tout au moins la plaque correspondante située sur la cloison pare-feu)

J'ai contacté le constructeur qui m'a aimablement répondu qu'il ne donnait aucune information en dehors du propriétaire légal du véhicule; J'ai transmis cette information et les coordonnées de la personne ressource à la Directrice du Musée afin qu'elle puisse résoudre ce problème d'identification.

Pour l'heure j'en suis au stade des conjectures et voici l'analyse que je propose:

Il s'agit d'un modèle de 1938-1939, très probablement le tout premier de la série.

En 1942, à la suite de l'assassinat de Heydrich, qui circulait sans escorte à bord d'une Mercédès découverte et non blindée, il est décidé de doter les hautes personnalités de véhicules leur assurant la sécurité maximale : c'est le plan "Aktion P" ( P pour Panzerte soit blindage).

La 770 qui nous intéresse est alors recarossée pour être blindée, ce qui explique que le numéro de carrosserie soit différent. De même, on note la présence de trois charnières de porte contre deux habituellement, ce qui indique un blindage de niveau 2 (alors que la voiture du Musée canadien de la guerre ne dispose que de deux charnières soit un blindage de niveau 1).

Elle gagne au passage des buses de dégivrage extérieures à la base du pare-brise (dégivrage par l'intérieur impossible en raison de l'épaisseur des vitres = 40 à 45 mm)

Pourquoi aucune photo de la voiture en situation?

Sur ce point, je vais jeter un pavé dans la mare...

Je me suis fait berner par deux photos que j'ai à premier abord pensé d'époque, sauf que la tenue vestimentaire des curieux qui observent la voiture fait plutôt penser aux années 50. Il aurait été tout à fait plausible d'imaginer également, que les toutes premières w150 reprennent le pare-choc de la série W07 (1930-1938). Enfin, sachant que le système d'immatriculation en vigueur à l'époque était attaché au propriétaire et non à la voiture, il était tout à fait imaginable que l'on ait transféré les plaques de la w24 à la w150. Néanmoins, dès le départ, j'ai eu un doute provenant de l'aspect de la plaque d'immatriculation de la voiture exposée au Musée.

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Puis j'ai revisionné la vidéo dans laquelle René Grandjean raconte l'arrivée de la 770 dans son atelier. Cet entretien est illustré par une vidéo INA des années 50/60 dans laquelle on peut bien voir le pare-chocs bilame et la plaque d'immatriculation en IA-103708 (voir ici : https://youtu.be/_ipDzqVB5AE?t=57s)

Puis j'ai repris l'observation de la 770 de Rochetaillée et notamment de son pare-chocs monolame à protection en caoutchouc, constatant l'absence de bananes verticales de fixation entre le pare-chocs et l'aile avant et que l'on retrouve pourtant sur toutes les autres w150.

Quant à l'article de R. Bouchardon cité plus haut (Cinq tonnes d'acier pour un dictateur), il évoque de menues réparations et notamment le remplacement du pare-choc avant disparu.

Tout est devenu plus clair et pour comprendre, il faut remonter le temps encore une fois...

Fin avril-début mai 1945, les alliés investissent la Haute Bavière et les environs de la frontière austro-allemande. Ils découvrent beaucoup de matériel roulant dont nombre de voitures dont plusieurs 770. L'une d'entre elles est celle aujourd'hui à Rochetaillée. Quoi de plus naturel que de la réparer et de la rendre présentable pour l'offir au Général Leclerc vénéré de ses hommes. Et puisque le pare-chocs est abimé ou a disparu, il y a tout autour une magnifique banque d'organes...dont la w24 et son magnifique pare-chocs bilame. Qu'importe le numéro d'immatriculation, il n'a plus d'importance!  La belle retrouvera ultérieurement un pare-chocs semblable à l'origine mais les conditions dans lesquelle s'opéra la substitution me sont pour l'heure inconnues.

Et l'on en arrive tout naturellement à l'immatriculation, car ce tour de passe-passe autour du pare-chocs a eu les conséquences que l'on devine pour identifier formellement le véhicule comme étant l'un de ceux utilisé par Hitler.

Comme je l'ai déjà écrit, j'avais les plus sérieux doutes sur l'authenticité de l'immatriculation de la voiture du Musée, en particulier à cause de l'absence totale d'iconographie montrant une w150 immatriculée ainsi et avec Hitler à bord. C'était tout bonnement impossible tant l'imagerie est riche en la matière.

On n'imagine pas non plus qu'une si couteuse voiture, qui plus est dôtée d'un blindage d'un tel niveau, ait pu servir aux seules promenades champêtres du Führer.

Un autre doute venait de l'aspect de la plaque d'immatriculation à l'avant, de son positionnement en dessous du pare-chocs et non en dessus, et enfin du fait qu'à l'arrière, le numéro est peint directement sur la carrosserie. Toutes les w150 disposaient d'un solide support de plaque sur fond blanc à l'avant et à l'arrière, les numéros étaient frappés et enrelief sur une plaque qui venait se visser sur le support, donnant au tout un aspect soigné et conforme au standing de la voiture.

Enfin, il faut savoir que toutes les  770 de la Chancellerie étaient immatriculées en IA-148 XXX. Or celle-ci est en IA-103 XXX évoque une période antérieure à 1938.

A mon sens la voiture du Musée porte un numéro érroné mais...c'est là que les archives cinématographiques viennent à notre rescousse et tout particulièrement les Deutsche Wochenschau n°548 du 5 mars 1941. Regardons attentivement les 30 premières secondes...

 

Nous sommes à Munich, donc non loin de l'Obersalzberg et le Führer descend d'une 770 immatriculée IA-148 655 (148 correspondant à la Chancellerie). Elle dispose bien d'un pare-chocs monolame à bandes caoutchouc, mais pas des bananes verticales de renfort. Comme la voiture de Rochetaillée. Seule différence notable : l'absence de barre centrale porte-phare et la présence d'un Notek. Et commme la barre porte-phare n'a été vue sur aucune 770 mais plutôt sur des 540, on peut penser que lors de l'échange de pare-chocs on a repris et ce dernier et le phare central de la fameuse w24...

Une autre photo d'époque pourrait militer en faveur de cette hypothèse

 

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Néanmoins, cette hypothèse n'est pas totalement satisfaisante!

D'où une deuxième hypothèse, qui voudrait que ce soit l'une des toutes premières 770 livrées à la Chancellerie comme celle-ci qui figure ci-dessous:

 

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En effet, il s'agit bien d'une W150 mais sa ligne est désuéte et peu élégante. La mise en configuration Aktion P lui aurait apportée une carrosserie modernisée. D'autre part, le Führer a été vu à bord sous le matricule IA-148768. Cette dernière existe toujours, au main d'un collectionneur russe mais on sait qu'au moins deux exemplaires identiques ont été construits. D'autre part, on note la présence d'une barre portant un phare central...

 

Affaire à suivre donc

 

 

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It is through France that begins this world tour of 770 survivors. And more specifically by the Museum Henri Malartre in Rochetaillée sur Saône, near Lyon, where since 1969 is facing a Offener Tourenwagen seized by the Leclerc division Berstechgaden in May 1945.

I must apologize prior to readers: This article is my opinion that one can do worse in the genre! I have only meager information, anecdotes and some photos. Because with the lack of rigor that characterizes to us French, nobody has retained any recollection of the capture of the car (exactly the opposite of our American and Canadian friends, who for their part have rigorously traces the route 770 brought across the Atlantic). My credibility takes a hit at the same time.

This car has a story ... that we know only very partially and try to find out is more a treasure hunt. Along these lines you will understand why under its innocuous appearance (for a 770!), Some little mysteries remain to be elucidated.

The history of the car Rochetaillée begins with history, and even the great history ...

March 1, 1941. Taking Kufra, an oasis in the Libyan desert, the 2nd Armored Division of the one who is still only Colonel Leclerc has won the first French victory since the 1940 disaster With his men, who joined as he General de Gaulle after the invasion of France by the Wehrmacht, he vowed not to disarm before the french flag flies over Strasbourg.

This will be done and after the operations, in early March 1945, the 2nd DB is sent to rest in the area of Chateauroux. The Red Army reached the Oder. Three weeks ago, in Yalta, the political future of Europe took shape without France. It becomes clear that the Allies must move quickly to the east of the Rhine if they want to balance the political divisions in preparation. The rest of the division is quickly perceived as a penance, and Leclerc tirelessly involved at all levels to be sent to Germany.

The order arrived as expected on 22 April. If starting May 2, the Russians have become masters of this symbolic place that is Berlin, Leckerc and his men manage the feat of entering Forty eight hours later, in that other place that is symbolic Berstechgaden. On 5 May 1945, the French colors were hoisted on top of Mount Kehlstein.

We finally known about the conditions of entry of this 770. If not this short report FR3 Lorraine in which, formerly of the 2nd DB, René Grandjean, evokes the arrival of the car and repairs he had to do to get it going again ...

It is also known that Leclerc donated the car to the US general commanding the neighboring sector and the latter left him to Paris in a garage of the Boulevard de Reims before returning to the United States. Bought by a veteran of the 2nd Armored, the 770 continued his career at exhibitions for the benefit of veterans and victims of war until 1969 and its entry in Rochetaillée Museum.
On the following photograph, one can observe that the exhibition material is suspended in Dutch because the 770 was shown in Belgium and the Netherlands.

Postcards were published "in favor of social work and charity" The picture seems retouched because firstly, exit three additional headlights, second registration number seems to have been drawn, and finally the presence apparent top compass, indicate that it has used the photo of another model of the same type, but in coupe F.

Some adventures during the car presentations. In Amsterdam, a visitor grabbed a swastika flags. Continued, the thief had no other resources than diving into the waters of the harbor where the flag disappeared. Elsewhere, the tire valves disappearing, so a relief valve stock followed the car. All  who hold an accessory designed for the car of Hitler were for their expenses! Finally, when the exhibition was  not far from the German border, they are curious hordes which landed across the Rhine.

Anecdote although this article in a local newspaper in 1952: "The armored car of Hitler exhibited at the fair in Saint-Pol-sur-Ternoise" The magnificent armored car of Hitler who once spread terror in its wake became an object of curiosity. After being used by General Leclerc during the campaigns of Germany and Austria, it now goes from town to town
With A.C.P.G. and their president, Mr. Charles RULENCE Hitler armored car will be Saturday (15 March) in Saint-Pol where fair visitors can admire and visit while filling the fund of aid organizations CAGP This car, 6 meters long and 2 meters 14 wide, weighs 4 tons 700: it is powered by an 8-cylinder engine with turbocharger, which can develop up to 400 hp. Very luxurious, it is further reinforced by plates of 18 mm. Its ice is formed of 7 sheets of glass 47 mm, perfectly safe from bullets. The doors, weighing 500 kg each, are electrically controlled using a button on the dashboard. The headquarters of Hitler is raised 15 cm, because the dictator was small, but did not want to show.
Let us add that this car will be presented on the site of the former Palace of Justice (Place Georges-Graux today), that is to say in front of the new station, and remember, the benefit of A.C.P.G.


Henri Malartre had seen the Mercedes for the first time in Lyon, in the 1950s The vehicle was on the bed of a truck on which the organizers stretched a tarp to shelter the fans. The founder of the automobile museum has from that time, wanted this vehicle appears in his collection. But aware of the difficulty to get it, he could not but admire the postcard he had bought at the exhibition. It is only a decade later, Henry Malartre learn that the car was not "exhibited" and that it was parked at a former prisoner of war in the Paris suburbs. The man did enlarge his house. After heated discussions and especially a very tidy sum of money, the squire won the market. Thus Hitler's parade car came to the museum of Rochetaillée, June 26, 1969 along with the exposure matérial (this time written in French)

It will come out briefly for a test.

In the 375 number of the Auto-newspaper, the journalist Didier Charvet who had that privilege, gives his impressions of driving the car that the museum had the pleasure to try. "It is very good at the wheel but we confess that we were dreading the reactions of this monster of nearly five tons Initially, we are a bit disappointed. The car seems to lack power However, we appreciate the sweetness of. clutch and perfect handling of the gearbox. All reports are going fingertips.

After ten kilometers, warm engine, forgotten fears. We really do know that Mercedes. If we feel no particular impression of power, one quickly realizes, compared to other cars, that acceleration is actually brilliant. We forget that the equipment is shielded. We are not mounted to more than 130 since the age of the original tires we forbade and the compressor is practically not working. However, our tests have allowed us to get an idea of the effect that one must feel when the car jumped over 200 per hour!

We have borrowed small winding roads and that's where our surprise was the greatest. The weight did not matter and that monster of six meters, is handled as easily as Renault Dauphine!

The comfort is exceptional. The fund does absolutely not move, and it really be very bad cobblestones to feel the vibrations. Consumption is also amazing ... more than 50 liters per 100 ... the relatively low outside temperature, allowed us to enjoy a heating efficiency of a rare ... "

In the end, Didier Charvet, nearly forty years later, delivered exactly the same conclusions as those of the British magazine "The Motor" in May 1939! What blush S Class 2016 bristling with electronic ...

Just in the small mysteries of Rochetaillée 770 ...

To you it was used by the Führer?

Most likely though I do has very little tangible items. The presence of a front seat raised 12 centimeters and fold the hand grip at the top of the windshield, are characteristic of the car that was used by the Führer (which was invariably seated in the front right). Magnet Do not make mere assertions truth, I prefer to say "we can reasonably think that this 770 was one of the vehicles used by Adolf Hitler"

The other element that intrigues me is that there is to my knowledge, no photograph of the car in position (ie with Hitler on board). While many photographs are supposed to reproduce this car at official events, and even the registration number is the same, the car is different. Indeed, the same number could be reassigned to after a change of vehicle.

Here aileurs false-true AI-103708, a 540K-type W24, photographed in Breslau in 1936. Now the car Rochetaillée is a 770k-type W150 and therefore subsequent to 1938.Model 1938 or Model 1942?

The Director of the museum has kindly sent me some information

    
the car museum carries the engine number 189 789 corresponding to the command 297 465 of 22 July 1938 it was delivered to the Chancellery of the Reich in the summer of 1939 and bore the body number 849 503 according to the records of the brand

    
gold, the same car has a different body number, 863 802 corresponding to the command 399 777

    
the chassis number have disappeared (at least the corresponding plate on the firewall)

I contacted the manufacturer who kindly answered me he gave no information outside the legal owner of the vehicle; I forwarded this information and the coordinates of the resource person to the Director of the Museum so that it can solve this problem of identification.

For now I am at the stage of conjecture and here's the analysis I propose:

This is a 1938-1939 model, probably the first of the series.

In 1942, following the assassination of Heydrich, who was traveling without escort aboard a Mercedes discovery and unshielded, it was decided to equip dignitaries vehicles ensuring maximum safety: the map " Aktion P "(P for Panzerte or shield).

770 of interest is then recarossée to be shielded, which explains that the body number is different. Similarly, we note the presence of three door hinges against two usually, indicating a level of shielding 2 (as the car of the Canadian War Museum has only two hinges a level 1 shield).

She won, crossing the external defroster vents at the base of the windshield (defrost inside impossible due to the thickness of glass = 40 to 45 mm)

Why no picture of the car situation?

On this point, I'll throw a stone into the pond ...

I got fooled by two pictures I thought at first period, except the curious dress who observe the car is more like the 50s would have been quite possible to imagine also, that the very first W150 resume the bumper of the W07 series (1930-1938). Finally, knowing that the registration system in force at the time was attached to the owner, not the car, it was quite conceivable that we have transferred the plates of w24 to the W150. However, from the start, I had a doubt from the aspect of the number plate of the car in the museum.

Then I reviewed the video in which René Grandjean says the arrival of the 770 in his studio. This interview is illustrated by a video INA 50/60 years in which we may well see the bimetal bumper and the license plate AI-103708 (see here: https://youtu.be/_ipDzqVB5AE?t= 57s

Then I took the observation of 770 Rochetaillée and especially its single blade bumper rubber protection, noting the absence of vertical banana attachment between the bumper and the front wing and we yet found on any other W150.

The article by R. Bouchardon quoted above (Five tons of steel for a dictator), ended my doubts. It evokes minor repairs including replacing the front bumper missing.

Everything became clearer and to understand, we must go back in time again ...

Late April-early May 1945, the Allies and invest Upper Bavaria near the Austrian-German border. They discover a lot of rolling stock whose number of cars including several 770. One of them is that today in Rochetaillée. What more natural than to repair it and make it presentable for offir Revered General Leclerc of his men. And since the bumper is damaged or missing, there are around a magnificent organ bank ... whose w24 and beautiful bimetal bumper. Whatever the registration number, it does not matter! The beautiful later find a cause like bumper but the conditions to opera lesquelle substitution are for me unknown time.

And we naturally come to registration, because this sleight of passes around the bumper had consequences that can be guessed to positively identify the vehicle as one of those used by Hitler.

As I already wrote, I had very serious doubts about the authenticity of the registration of the car museum, especially because of the total absence of iconography showing W150 and registered with Hitler edge. It was simply impossible as the imagery is rich in the matter.

We can not imagine either that such a costly car, which has a more shielding of such a level could serve only to country walks Führer.

Another question came from the appearance of the license plate on the front, positioning below the bumper and not on top, and finally the fact that at the back, the number is painted directly on the bodywork. All W150 had a solid white background on plate holder at the front and rear, the numbers were struck and enrelief on plaquen who had screwed to the support, giving the whole a neat look and conforms to luxury car.

Finally, be aware that all 770 of the Chancellery were registered in IA-148 XXX. Now it is in AI-103 XXX evokes a period prior to 1938.

To me the car door of the Museum the Wrong number ... but that's where the film archives come to our rescue and especially the Deutsche Wochenschau No. 548 of March 5, 1941. Look closely at the first 30 seconds ...We are in Munich, so close to the Obersalzberg and the Führer comes from a registered 770 IA-148 655 (148 corresponding to Reichskanzlei). It has many a bumper-strip rubber bands but not banana vertical reinforcement. As the car Rochetaillée. One notable difference: the absence of central headlight carrier bar and the presence of a Notek. Commme and the headlight carrier bar has been seen on any 770 but on the 540, it is likely that during the exchange of bumper was taken and the latter and the central flagship of the famous w24 .. .