Numéro de série 10 150 003

 

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Autour de la région de Kaliningrad (Fédération de Russie), l’on trouve encore nombre de vestiges de la Seconde Guerre Mondiale. Et pour cause ! Kaliningrad se trouve sur le site de l'ancienne, Königsberg fondée en 1255 par les Chevaliers teutoniques autour d'un château censé les protéger contre les Prussiens.  La ville fit partie de la Ligue hanséatique dès  1340. À la suite des défaites des Chevaliers teutoniques contre la Pologne et après la chute du château de Marienburg en 1457, Königsberg devint la capitale de l'Ordre teutonique. Lorsque, en 1525, le dernier Grand-maître de l'ordre, Albert de Brandebourg-Ansbach  , sécularisa celui-ci, c'est tout naturellement que Königsberg devint la capitale du nouveau duché de Prusse qu'il venait de créer, après sa conversion au luthéranisme.  Lorsque le duché fut érigé en royaume par Frédéric III de Brandebourg en 1701, Königsberg devint vice-capitale royale avec Berlin. La ville est alors très majoritairement peuplée d'Allemands, et ce jusqu'en 1945. Elle fait partie du royaume de Prusse, puis de l'Empire allemand à partir de 1871. Après la Première Guerre mondiale et la défaite allemande, elle est intégrée à l'Etat libre de Prusse. Comme l'ensemble de la province de Prusse-Orientale elle est séparée de l'Allemagne par le corridor de Dantzig à compter de 1919.

La ville et sa population subirent, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, des bombardements anglo-américains sévères. L'assaut de la ville par les troupes soviétiques, se termina le 9 avril 1945 par la capitulation de la garnison allemande. De cette prise témoignent encore des monuments ou des tombes communes (en russe « fraternelles ») des soldats tombés lors de la prise de la ville. La Prusse Orientale fût alors partagé entre Pologne et URSS. En 1946, Königsberg fut alors renommée Kaliningrad en l’honneur du président du Praesidium du Soviet suprême et membre du Comité central du Parti, Mikhaïl Kalinine.

En avril 2014, une découverte étonnante fut faite, non loin de là,  sur les abords de la Vistule. Il s’agissait des  restes d'une voiture de tourisme,  dispersés dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres et légèrement recouverts de terre. Après avoir soigneusement examiné les fragments de métal et les parties bien conservées et les avoir comparées à des photos d'archives, les chasseurs de trésors (NDLA : du Troisième Reich) conservèrent quelques pièces, telles qu’un enjoliveur de roue frappé de l’étoile Mercedes, un bouchon nickelé portant le même emblème, le cerclage du volant,  et une  poignée de la porte avec sa serrure. Le reste fût dispersé dans  des collections privées en Russie et en Allemagne.

 

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L’un des chercheurs a ainsi partagé ses impressions.

« On travaillait dans le périmètre,  en toute illégalité car c’est dangereux. Il y a encore des risques de sauter sur une mine ou un obus enfoui dans le sol. On fait çà presque sous le nez de gardes plutôt bienveillants parce qu’on a une sorte de « modus vivendi » avec le chef du FSB. Nous essayons de ne pas faire de bruit, afin de ne pas attirer l'attention. Nous, ce qu’on cherche principalement, ce sont des armes ou ce qu’il en reste,  des insignes militaires et des décorations parce que c’est très recherché par les collectionneurs allemands et russes et qu’ils nous en donnent un bon prix. Ce jour là, avec l'aide d'un détecteur de métal, nous avons sondé une  zone d’anciens cratères, vestiges des bombardements du Printemps 1945.  Presque immédiatement, près de ce qui restait d’une sorte de barge à demi-enterrée, le détecteur a produit un son strident. De toute évidence, il se trouvait là quelque chose de grande taille et on a commencé à creuser. Hélas, on n’a d'abord trouvé qu’un bidon d’essence avec une inscription à peine visible qui indiquait: «Wehrmacht 20l" et d’autres bricoles. La terre s’est brusquement affaissée sous nos pieds et en grattant on est allé de surprises en surprises jusque à l’évidence: tout ce qu’on déterrait évoquait les débris d’une voiture qui aurait été pulvérisée tant les morceaux en était éparpillés sur une bonne dizaine de mètres, une voiture de très grande taille, et très probablement décapotable , parce que nous n’avons trouvé le moindre indice d’un grand toit métallique.

On était également sûr que cela provenait d’une Mercedes. Mais laquelle ? Déterminer le modèle avec ces maigres indices étaient plus que difficile.

On avait au moins une poignée de porte. A en juger par l'emplacement physique de notre découverte, c’était celle du côté conducteur. En tirant dessus (car elle est montée sur un ressort) on a eu la surprise de constater que le mécanisme fonctionnait parfaitement malgré les soixante-dix ans passés dans le sol ! C’est là qu’on a eu l’idée de se référer à l’ouvrage de Jan Melin sur les huit cylindres Mercedes, le plus complet qui puisse exister sur le sujet. Au fil des pages, on s’est fixé assez vite que les débris que nous avions exhumé étaient  ceux d’une W150.  On a étudié à la loupe les photos pour traquer les moindres détails susceptibles de nous éclairer. Ceci avec d’autant plus de pugnacité que les W150 ont été produites à peu d’exemplaires, que la plupart étaient dévolues à l’usage des dignitaires du Reich et d’Hitler lui-même, et que leur côte atteint de sommes astronomiques.

Il devint clair que la poignée de porte était caractéristique des voitures commandées pour l’usage exclusif du Chancelier du Reich, parce que pour en permettre une ouverture rapide il s'agissait de poignées affleurantes à la carrosserie plaçées dans un creux de la portière et que l'on tire au lieu de les tourner.

 

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L’on fit également une autre découverte : la plaque constructeur portant le numéro de série 10 150 003. Référencée par Jan Melin comme celle d'une voiture délivrée à la Chancellerie du Reich en 1943 ! Nous tenions donc bien les vestiges d’une voiture affectée à l’usage du Führer »

Alors, comment était elle arrivée jusque là, sur les bords de la Baltique ?

Il faut se souvenir qu’à partir de 1942, Hitler réside essentiellement à la « Wolfschanze » ( la tanière du loup), situé à quelques kilomètres de la ville de Rastenburg,  à tout juste une  heure de route de Königsberg. Plusieurs voitures affectées à l’usage du Führer y étaient stationnées en permanence. Et lorsqu’au printemps 1945,  les choses commencent à se gâter et qu’Hitler a regagné Berlin, les 770 ont été déplacées à Koenigsberg., puis à Pillau, au fur et à mesure de l’évolution de la ligne de front. On sait qu’après, quand les troupes soviétiques ont commencé à se déplacer rapidement les véhicules d’Hitler ont été expédiées par le détroit sur le Frische Nerung (Presqu’ile de la Vistule). La barge transportant la 770 s’échoua au bord de la Vistule, et les violents combats qui eurent lieu à cet endroit firent le reste…

Quant aux vestiges de la voiture, ils ont été acquis par un collectionneur, Vladimir Medvedev en vue d’une vente aux enchères via la célèbre maison Sotheby’s.